
Madame,
Il est clair que nous ne nous connaissons pas mais l’irrespect dont vous faites preuve m’incite à utiliser la voie épistolaire puisque le moyen oratoire ne vous convient pas. Rhétorique de l’esprit qui dès lors que n’ayant plus d’impératif statutaire à vote égard, me paraissait la seule viable à votre encontre. Sans doute lirez-vous ceci comme un règlement de compte, mais sachez que si c’était réellement le cas je n’aurai certainement pas pris le temps d’écrire cette lettre. Le mépris et l’ignorance de votre égo aurait effectivement été une réponse plus approprié. Mais comme je vous le dis ce n’est point un règlement de compte. Il s’agit juste d’une mise au point relationnelle, un rééquilibrage, une affirmation positive du positionnement que j’ai à votre égard.
Alors je sais quasi certainement que vous prendrez cela comme l’interpellation vaniteuse d’un étudiant, qui du haut de ses petites connaissances se permettrait de juger. Et bien de fait il ne s’agit que d’un jugement et illustre en tout bien, tout honneur, le seul rapport humain que j’ai eu avec vous : la franchise, (bien que vous préférez la franche hypocrisie). Et cette voie me plait bien, aussi vais-je poursuivre, car la sournoiserie reflète une bien médiocre personnalité. Or vous préféreriez que l’on soit sournois, que l’on se dresse devant vous, sourire de façade marchande, obéissant à vos ordres, même quand ceux-ci sont impossible à effectuer de suite sous peine de laisser de côté des taches aussi voir plus importante.
Mais vous ne l’acceptez pas, du haut de votre formation intellectuelle (peut être devrai je dire formatage) tendance psychorigide, névropathe ? Vous ne pouvez même pas l’envisager. Vous confondez en permanence autorité et autoritarisme. Pour rappel, l’autorité est un rapport d’ascendance morale, l’autoritarisme est un rapport de descendance physique. Vous étiez ma supérieure c’est un fait statutaire que je ne contredis pas et contrairement à ce que vous auriez pu pensez que je n’ai jamais contredit. Mais cette autorité doit être traduite par des gestes et des paroles pour qu’elle soit effective[i]. Non pas par un degré de décibel, bien au contraire, dont la hauteur et le niveau serait inversement proportionné à l’impact émotionnel de celui sus visé. Mais vous ne pouvez comprendre cette modalité de fonctionnement. Pour vous, l’autorité c’est être autoritaire. Autrui, un moyen de passer ces nerfs. Combien de fois vous a-t-on entendu insulter des élèves, les traitant par exemple d’incontinents ou autre tentative de les rabaisser, presque de les humilier devant leurs camarades. Peut-être pensez vous qu’il s’agit de méthodes pédagogiques, mais elles proviennent d’un autre temps, passé et bien heureusement, bien que je sois en droit de me poser des questions, révolu.
Alors bien que difficile à prononcer et écrire, je me demande d’où vous vient se comportement « castrateur », quelle(s) frustration(s) quotidienne(s) produisent chez vous tant de ressentiment à l’encontre de vos, ne serait ce que, collègues. Mais il est vrai que bien qu’indispensable, vous en conviendrez, les assistants d’éducation ne restent qu’une variable d’ajustement de votre royaume, petite seigneure que vous êtes. Alors sortant vos grands chevaux, les naseaux fumant, le terme discipline arrive. Maitre mot explicatif, totalisant et totalitaire, argument infaillible censé induire le respect, sans que vous n’ayez pris le soin d’expliquer ses modalités d’application. Je ne suis pas doué pour l’art divinatoire et vous le savez aussi bien que moi, il s’agit d’un problème d’incompatibilité sur la méthode. Qu’il faille instaurer un minimum d’ordre est une chose, crier pour se faire comprendre une autre. D’autant que toute sanction et « gueulante » sans explication n’ont un apport pédagogique que très restreint. L’instauration d’un rapport de confiance étant sans doute plus adéquate, bien que plus long à mettre en place, qu’un rapport de crainte. Cependant, je ne remets pas en cause vos capacités de travail, ni même votre compétence à gérer les sections qui vous ont été attribuées, ou que vous vous êtes attribuées avec Mme XXXXXXXXXX. Même si je suis en relatif désaccord avec vos méthodes, je les acceptais car régissant le fonctionnement du collège, de manière imparfaite, mais ça fonctionnait…
Si je ne les remets pas en cause c’est que j’aurai aimé que l’on ne remette pas les miennes et quoi que vous pouviez en penser pour les cas qui nous concernent et pour lesquels, apparemment, j’ai commis de graves fautes, toutes les dispositions avaient été prises pour que le collège ne soit pas responsable, peu importe la procédure qui aurait été mise en route à notre égard. J’ai et j’aurais pris mes responsabilités. Enfin ces deux cas ne peuvent êtres les seuls pour déclencher une procédure disciplinaire à mon encontre. Je suppose qu’une animosité de longue date à mon égard vous taraude. Mais il est vrai qu’a certains égards, j’ai commis des fautes, non pas comme je disais en tant que cas particulier mais que si ces cas se généralisaient, je comprends que cela serait devenu invivable (que chacun des parents viennent chercher son enfant, etc). Mais contrairement à ce que vous avez l’air de croire, il ne s’agit pas d’une remise en cause volontaire de votre rôle hiérarchique.
Mais admettez le, votre gros problème réside dans l’absence de confiance que vous portez à vos collègues et votre hiérarchie fantoche, car sérieusement par moment à vous voir on est en droit d’avoir de sacrées crampes d’estomac, ne repose que sur une construction intellectualisé d’un rapport de force, je l’ai déjà dit. Persuadé de votre raison, peu apte à une remise en cause de vos méthodes, vous rayonnez tel un faisceau de lumière. Vous vous renseignerez sur l’étymologie latine de ces mots et j’espère en tout cas que vous n’érigerez pas cela en tant que système politique. Oui, lumière incandescente, pétri d’universalisme, filament fragile dont la dureté apparente n’a d’égale que la fragilité et piètre estime que vous vous portez. Pensez vous vraiment que ce soit sain ? Vous vivez dans des chimères. Désolé d’avoir à vous le dire. Et ce côté totalitaire de votre pensée, doublé de mépris, de sournoiserie. Vous ne restez qu’une gamine en quête de reconnaissance, qui n’accepte pas la contradiction et a tendance à infantiliser ses rapports humains notamment avec les assistants d’éducation. Pour le reste, je reconnais ne pas savoir, mais vous n’êtes pas des plus souriantes…
Enfin je pourrais encore me fendre d’un dernier paragraphe qui serait loin d’être inutile sur les causes inconscientes de votre comportement, les traumatismes qui vous ont conduit à adopter une telle ligne de conduite. Car votre comportement ne peut être qu’une réaction refoulée d’un problème donné. Sigmund F. ne pourrait que confirmer. De même les instances de socialisation que vous avez pu rencontrer au long de votre jeune vie n’ont pas du être les plus adéquates à vous aider et à prendre en compte vos problèmes frustratoires. Permettez-moi juste de me poser des questions. De ne surtout pas prendre cela comme de la vanité ou un quelconque affront, c’est juste une analyse personnelle pour essayer de comprendre pourquoi et comment vous en étiez arrivé à une telle absurdité comportementale qui en dernier recours vous dessert complètement.
Il est vrai que le début de cette lettre est plus vindicatif, et montre un sentiment acerbe, puis finalement je me suis dit, que plus qu’une rancœur à votre égard, je devais plus avoir pitié de vous. Il ne s’agit pas d’insolence juste d’une explication honnête, de ma manière de vous percevoir. Sans doute votre égo niaisera ces quelques lignes mais peu m’importe tant que vous les avez lues. Vous poursuivrez votre chemin lumineux, faisceau transalpin, trop sûre de votre égo. Construction sociale fallacieuse, déprimée et remplie de frustration.
Voila cela n’est pas exhaustif, je te laisse le soin du reste de l’introspection car tu en as à priori bien besoin. Ne recevez pas mes respects et considérations les plus affirmées.
[i] . De ce point de vue je ne saurais que trop vous conseiller de lire l’Acteur et le Système de Friedberg et Crozier
A LIRE ATTENTIVEMENT : CETTE REPRODUCTION N'A PAS DE FINS COMMERCIALES ATTENTION :
ce texte est la copie d’un article paru sur le site «lemonde.fr». (http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/03/20/est-il-encore-temps-d-eviter-la-depression-mondiale_1025256_3234_1.html) du 20 mars 2008. Nous, auteurs de ce blog, prenons l’engagement de retirer cet article à tout moment si la demande nous en ait faite de la part de l’auteur M. Jean-Hervé Lorenzi ou de la part du journal « Le Monde ». Ce texte reprend pour partie un article à paraître dans le prochain Cahier du Cercle des économistes, dirigé par Patrick Artus, et qui sera intitulé : "La crise financière : causes, effets et réformes nécessaires" (PUF 2008).
E st-il encore temps d'éviter la dépression mondiale ?
Ca y est, on y est. Sans même réellement s'en apercevoir, on est en train de franchir les étapes qui nous mènent à une vraie crise financière. Et pourtant, on ne peut pas dire que les banques centrales aient été inactives : baisse des taux d'intérêt, mise à disposition de masses énormes de liquidités pour que les besoins de financement des banques et donc de l'économie continuent à être couverts. Le problème est que les banques centrales se heurtent à deux difficultés majeures. La première, c'est que tout le monde, quasiment sans exception, manque et de lucidité et de franchise, si bien que beaucoup d'acteurs font comme si de rien n'était. Et puis, le système financier mondial n'est pas confronté exclusivement à un problème de liquidités mais surtout à un problème de fonds propres des banques. Pour schématiser : le système bancaire est obligé de reprendre – en les dépréciant parce qu'ils risquent fort de ne pas être remboursés – une large partie des crédits qu'il avait "titrisés", c'est-à-dire revendus à des entreprises spécialisées qui les plaçaient sur les marchés sous forme de valeurs mobilières; et cette contrainte va l'amener à resserrer sa politique de crédit. A grande crise, grands moyens Tout cela conduit à défendre l'idée suivante : si l'on veut éviter le pire, c'est-à-dire une vraie phase de dépression économique aux Etats-Unis et en Europe, il faut employer les grands moyens. Les grands moyens, c'est très facile à concevoir sur le papier et très compliqué à mettre en œuvre dans la réalité. Cela consisterait à autoriser le système bancaire à étaler dans le temps ses reprises et ses dépréciations. Cela consisterait également à créer de grands instruments vraisemblablement publics qui récupéreraient une large partie de ces fameux actifs dépréciés et qui les cantonneraient en se donnant ainsi le temps et les moyens de mutualiser les pertes et de les étaler sur une longue période. Ce ne serait pas la première fois que l'on procéderait ainsi. Toute crise financière suppose à un moment de prendre en charge collectivement les pertes. Reste que plus l'on attend, plus cela coûte cher. Mais analysons tout cela de plus près. Comme l'économiste américain Barry Eichengreen le soulignait récemment, il y a une sorte de nostalgie des temps passés, quand les banques jouaient un simple rôle d'intermédiation en prêtant de manière tout à fait raisonnable à des ménages et à des entreprises, et cela, dans le cadre de bilans parfaitement transparents et ajustés. Il suffirait donc de revenir au temps heureux où la titrisation n'existait pas, ou alors, autre version de la même approche, d'établir une régulation forte et définitive du système bancaire qui nous ramène à la période bénie des années 1960. Et c'est sûrement là l'une des tentations les plus fortes qu'ont aujourd'hui les autorités financières américaines et européennes. Un mode de financement global En réalité, le problème est beaucoup plus complexe, car la titrisation fait désormais partie d'un mode de financement global de l'économie mondiale dont elle n'est qu'un élément parmi d'autres et qui a dans l'ensemble joué un rôle positif. En fait, la titrisation n'est en aucune manière un objet isolé. Elle va de pair avec la déréglementation des marchés financiers, qui a stimulé la création de nouveaux produits et permis aux établissements autrefois spécialisés d'exercer tous les métiers de la finance; elle participe d'un environnement de dématérialisation totale des flux de capitaux à l'échelle mondiale; enfin, elle résulte des nouvelles formes de régulation bancaire : les normes "prudentielles", définies à l'échelon international pour assurer la solidité des établissements de crédit, les obligent à avoir assez de fonds propres pour couvrir une certaine proportion des sommes qu'ils prêtent. Or, en "titrisant" leurs créances, les banques les faisaient sortir de leur bilan et n'avaient pas à augmenter leurs fonds propres en proportion. Cela a eu pour résultat l'explosion des titrisations : elles ont augmenté de 150% en dix ans. Notamment, pour les asset based securities (titres basés sur des actifs), la variété la plus répandue de titrisations, les encours ont plus que doublé, passant de 1072 milliards de dollars en 2000 à 2238 milliards en 2007. Les chiffres évoqués ici concernent les Etats-Unis, mais se retrouvent à un degré moindre, très significatif cependant, en Europe. Ce qui est stupéfiant, c'est l'accélération du mouvement à partir de 2001, associé à la détérioration rapide du déficit commercial américain. Faut-il pour autant le vouer aux gémonies, ce mouvement, comme cela pourrait être le cas ? Bien sûr que non. Le fait que les banques puissent sortir de leur bilan une partie des crédits a joué un rôle majeur dans cette économie de l'endettement porteuse de croissance mondiale. Jamais le déficit commercial américain n'eut été financé si l'on n'avait utilisé cette capacité de disperser les créances bancaires un peu partout à travers le monde. Jamais de nombreux financements, certes risqués, mais créateurs de valeur n'eussent pu avoir lieu si l'on n'avait eu cette capacité de décomposer et de répartir le risque. En réalité, il ne pouvait y avoir des transferts massifs d'épargne, constituée dans certaines parties du monde et investie ailleurs, sans cette innovation financière, ce qui est la version favorable de la mondialisation. Ne nous trompons pas, ce moment de l'histoire financière mondiale ne s'arrêtera pas de sitôt, du moins tant que les niveaux de développement respectifs des grandes zones mondiales et leurs évolutions démographiques rendront nécessaires et souhaitables ces flux financiers. La question n'est donc pas de remettre en cause ces mécanismes mais de constater qu'ils ont été utilisés de manière excessive. L'emballement de tout un système Ces mécanismes de titrisation ont été détournés de leur véritable objectif, qui consistait à subdiviser un type de risque – les crédits immobiliers – pour répondre à une logique fondamentale du système bancaire : avoir en permanence une bonne gestion actif/passif (c'est-à-dire un équilibre entre le montant des engagements et les capitaux propres). Le mot-clé est l'excès : dans les cinq dernières années, on a assisté à l'emballement d'un système incontrôlé. On a beaucoup parlé de l'incroyable extension du crédit aux Etats-Unis, mais le mécanisme concerne aussi l'explosion des fusions-acquisitions : ces cinq dernières années ont été la période de toutes les folies, marquée par les dérives de la titrisation sous toutes ses formes. En réalité, la titrisation a échappé aux directions financières des banques pour passer subrepticement sous le contrôle des salles de marché à la recherche de très forts rendements espérés. Rappelons-le, la titrisation consiste à sortir des actifs du patrimoine d'une institution, en les cédant sous forme de valeurs mobilières. Un véhicule ad hoc est créé – un Special Investment Vehicle (SIV), également appelé "conduit" – auquel les actifs sont cédés. Ce véhicule émet les titres et perçoit les flux de trésorerie générés par les actifs sous-jacents et les reverse aux investisseurs (paiement des intérêts et remboursement des titres). En observant les mécanismes mis en œuvre, on s'aperçoit que les banques sont très souvent intervenues à tous les niveaux des opérations. Non seulement elles cédaient leurs créances, mais elles créaient parfois les entités qui les leur rachetaient (les SIV) et, dans ce cas, en montaient le financement; et ce sont elles aussi qui organisaient les émissions d'obligations correspondant à ces mêmes créances. C'est cette imbrication qui rend l'écheveau si difficile à dénouer. Dans les faits, la titrisation a péché de deux manières. D'abord parce qu'on a exagéré le refinancement des dettes à long terme par des actifs à court terme, mais surtout parce qu'on a créé des conduits qui "titrisaient la titrisation" : ces produits dérivés comportaient des palettes de risques très diversifiés et étaient financés par l'endettement. C'est là la principale dérive du système : rajouter un endettement qui a pour seul objectif d'améliorer le rendement. La logique même du rôle du banquier prêteur est transgressée. Risques sur risques n'a jamais conduit à un financement sain d'une économie mondiale en pleine ébullition. Mais les difficultés ne s'arrêtent pas là. L'une des sources des difficultés présentes et à venir est le fait que les banques de financement et d'investissement ne se sont absolument pas préparées à l'existence sérieuse d'un marché secondaire où s'échangent des titres fondés sur des créances. Il n'y a en fait aujourd'hui aucun des instruments qui permettraient le bon fonctionnement de ce marché. On est placé dans une situation absurde, et extrêmement dangereuse, où l'investisseur est censé conserver ses titres jusqu'à l'extinction de la créance, alors qu'un marché, pour bien fonctionner, doit être animé et liquide. Le résultat de ces excès, de ces risques inutiles, de ces erreurs de conception, ne s'est pas fait attendre. Un monde sans liquidités organisées fait peur et crée ce qui est le cœur de toute crise financière, c'est-à-dire la perte de confiance. Celle-ci a touché toutes les formes de titrisations bien au-delà du premier choc de l'été 2007 et de la crise des subprimes. Les cours des émissions ont fortement baissé pour la raison simple que personne n'est capable d'évaluer les risques de ces titrisations, donc de formuler un prix raisonnable, d'autant que tous ces produits ne peuvent être réellement négociés sur le marché. Là se trouve, pour une large part, l'origine des formidables pertes des grandes banques américaines. Jusqu'où tout cela ira-t-il ? A une évolution cyclique classique de l'immobilier, qui aurait simplement ralenti la croissance américaine, britannique et espagnole, est venu se surajouter un dérèglement financier dont les conséquences pourraient être beaucoup plus graves et qui touche au premier chef les principaux bénéficiaires des cinq dernières années, les banques et les grands fonds spéculatifs. C'est ce qui explique que les primes de risques des banques se soient nettement plus dégradées que celles des sociétés industrielles. Mais les primes de risque ont augmenté, tous marchés et secteurs confondus, et continueront à le faire car elles intègrent désormais une perspective de récession macro-économique, et donc des taux de défaut supérieurs à ceux qui sont constatés aujourd'hui. Jusqu'où tout cela pourrait-il aller ? Malheureusement on ne peut écarter une crise bancaire majeure, qui entraînera deux phénomènes : la réorganisation très rapide et violente des bilans des entreprises financières et le ralentissement, si ce n'est la disparition, de la titrisation. L'un et l'autre ont des implications très fortes, qui peuvent conduire à un relatif assèchement du crédit et donc au renchérissement de son coût. C'est sur ces deux points que doivent porter les efforts d'analyse et de réaction des autorités financières mondiales. Faut-il le rappeler une nouvelle fois ? La titrisation est essentielle dans le fonctionnement d'une économie de crédit qui, elle, permet à l'économie mondiale de se développer. Dire cela, c'est rappeler que le choc sera double puisque les banques, non seulement y perdent un instrument de crédit mais par ailleurs, ayant à conserver ou à reprendre l'essentiel de ces titres dépréciés dans leur bilan, vont avoir des besoins massifs de fonds propres et des politiques de crédit évidemment beaucoup plus restrictives. Parler de cela au futur est d'ailleurs inapproprié car ce scénario d'une crise est déjà en train de se mettre en place. Ainsi à la crise immobilière, qui en elle-même n'a rien de gravissime, d'autant qu'elle touche moins l'Europe que les Etats-Unis, s'ajoutent les éléments d'une crise financière systémique et mondiale, fondée sur un bouleversement des conditions de crédits bancaires et une baisse du prix des actifs, qu'il s'agisse des actions ou de l'immobilier. Chaque jour qui passe nous apporte la confirmation des risques encourus. La tâche des banques centrales Le pire n'est jamais sûr et rien n'interdit d'imaginer, comme ce fut déjà le cas dans des circonstances analogues, des politiques imaginatives et audacieuses. Mais le temps presse. Le principal atout que nous ayons aujourd'hui pour sortir de cette situation est la réactivité des banques centrales. Deux remarques sur ce sujet. Leur efficacité repose sur leur crédibilité et cette exigence permet d'exonérer la Banque centrale européenne (BCE) d'un procès à charge trop rapidement mené, notamment en France. Les banques centrales ont eu globalement trois mérites : travailler de manière coopérative, injecter des liquidités et suivre de très près l'état de leur système financier. La Réserve fédérale américaine (FED) et la Bank of England ont ajouté à cela une politique très active des taux directeurs. La BCE fera de même dans les mois à venir, si elle porte son regard au-delà de l'augmentation de la masse monétaire et des indicateurs de hausse des prix. Certes, les risques d'inflation en Europe peuvent inquiéter, mais ce n'est pas le problème d'aujourd'hui. La BCE a surtout à éviter une glissade brutale du dollar. Tout le monde est conscient de la hiérarchie des problèmes et c'est la raison pour laquelle le moment est venu de baisser les taux directeurs de la BCE même si ce n'est en rien une solution miracle. A ces remarques-là près, le diagnostic des banques centrales a été rapide, juste et suivi d'effet. Dans une crise du marché interbancaire, elles ont su éviter aux Etats-Unis la faillite des banques hypothécaires et permettre à des grandes banques, en véritable danger, de réintégrer, sans risque de liquidités, une partie de leurs produits titrisés.
Jean-Hervé Lorenzi
Depuis une heure déjà il patientait, il s’impatientait, elle ne viendrait peut-être jamais. Un message sur sa boîte aux lettres l’avait averti de l’évènement ; Elle ne pouvait lui mentir, il croyait en Elle.
CHAP. 1
Les quais du canal saint Martin, désertés des hommes et des femmes de ce siècle par cette nuit de septembre 1917 pluvieuse et froide. La guerre dont on disait que la fin était proche depuis plus de trois ans ravît les hommes, qu’il fallut remplacés dans les usines par les femmes afin de fournir l’effort patriotique nécessaire au massacre. Pour Emile Deschamps la boucherie prit début mai 1916 sur la côte 304 grâce à une balle allemande qui lui avait perforée le poumon gauche, il ne pourrait médicalement plus fumer, cet avertissement n’eut aucun effet sur son tabagisme et allumait chaque cigarette avec celle qu’il venait de finir, comme à son habitude. Il se souvenait des paroles du médecin du régiment :
« - vous savez deuxième classe Deschamps que fumer une seule clope avec un seul poumon opérationnel ce n’est pas un mais dix clous que vous posez sur la caisse de sapin… » À peine avait il finit sa phrase qu’Emile s’en ralluma une, « vive la France ! » au loin les canons éventraient la terre retournant les cadavres en décomposition que d’autres bidasses allaient rejoindre rapidement faute de s’être mis à l’abri top tardivement.
Elle ne viendrait pas, le message paraissait pourtant clair : « rdv 22h ce soir au canal St martin place des guinguettes du dimanche ». La pluie se fit plus forte encore, il ne lui restait que cinq clope, une heure maximum, ensuite il s’en irait, Irène trouverait bien un moyen de le retrouvé. Une lumière jaunâtre coupée par la pluie apparue à quelque distance pour s’éteindre presque aussitôt, le bruit d’une portière que l’on claque suivi de petits pas rapides. Il reconnu Marthe, au bruit, il l’aimait, elle le savait mais il n’avait toujours pas eut le courage de lui dire, ni même de lui montrer, hors d’actualité pour le moment : la rumeurs courrait dans le milieu qu’un évènement d’une importance considérable allait se produire dans la grande Russie, l’insurrection paysanne du début de ce siècle et les révoltes sur le front depuis février l’annonçaient, les bolcheviques pourront-ils prendre le pouvoir ? Le peu d’espérance qui lui restait l’y poussait à y croire, tout en sachant que l’issue se trouverait dans le sang d’ignares endoctriné, volontairement ou non.
Dans une rafales de vent humide Marthe lui embrassa la joue gauche puis la droite comme à son habitude avec une tendresse non dissimulée. Viens, lui dit-elle, pressons le pas. Elle en profita pou lui presser le bras, il ne pu s’empêcher de lui presser la hanche, comme à son habitude, sans arrières pensées, ou presque mais si finement dissimulé qu’elle n’y vit que du feu.
Elle le guidait aux travers des ruelles suintantes et vides, lui, presque aveugle, la suivait, ils ne parlaient pas. Les deux fantômes traversèrent le canal, prirent la rue des écluses et s’engouffrèrent sous un porche bas. Au fond de la cour une lueur s’échappait de la lucarne d’une porte massive. Marthe frappa trois fois, puis deux, comme s’il eut s’agit d’un code et entra. L’atmosphère, aussi humide qu’à l’extérieur, mais la lumière, tamisée par la fumée tant des manteaux séchant que par les cigarettes des buveurs du tripot. Dans ce lieu hors du temps, de la guerre, des révoltes, les habitués jouaient au cartes, buvaient, séduisaient des prostituées en fin de carrière, buvaient, trébuchaient, buvaient, s’insultaient, buvaient, tombaient puis sortaient. Marthe conduisit Emile vers une table un peu à l’écart.
La peur, voilà ce qui lui entamait une partie de son esprit, plus exactement une frayeur mêlée de désir ; l’ensemble des sentiments, au par avant laisser de côté, revinrent à la charge lâchés, sans aucun contrôle ils ne lui laissèrent qu’une respiration haletante son cœur ne lui laissait aucun répit et ne demandai qu’à le laisser sur place, presque mort, cette dernière que l’on lui avait épargnée dans les tranchées maintenant le laissait en paix. Assit devant Marthe il ne savait que dire pour engendrer la moindre conversation, fut-elle futile, il se laissait aller à lui répondre sans trop d’assurance, « puis-je t’enlacer, t’embrasser, te baiser… », Ces paroles raisonnaient dans son esprit étroit et froid jamais : il n’oserait le lui dire. Ses grands yeux en amende le scrutaient, attendaient-ils quelque chose ?
Emile choisi la bière la plus forte disponible, afin de se donner du cœur –ce qu’il ne possédait qu’en piètre quantité en apparence- Marthe, elle choisit la moins chère, l’argent lui faisait défaut du fait de ses études.
-Simon ne manque pas mais il m’arrive de rêver de lui, parfois, lâcha-t-elle dans un soupir. Bien que je sache que nous n’aurions plus rien à nous dire, continua-t-elle, presque malgré elle.
Emile lui rétorqua qu’il n’y avait aucune honte de rêver d’une personne même après qu’elle lui eut fait subir toutes les souffrances du Tartare. Simon était et est encore une de ces meilleurs amis, sa relation avec Marthe avait duré presque deux ans et se termina dans les drames dont les relations fusionnelles étaient capables : un an de vie commune les avaient rendus étrangers l’un à l’autre. Après un long silence, empoignant son courage ainsi qu’une cigarette ouvrit la bouche, le mince filet de fumée sortit, accompagnée d’un sifflement profond mais ne dit rien.
Combien de temps gardèrent-ils ce silence de deuil ? De l’autre côté de la pièce on échangeait des nouvelles sur les évènements de Russie, à mots couverts, autant que de coupures de papiers interdits. Marthe couronnée d’une photo de Bakounine, jaunie et usée comme un parchemin, dénotait de l’historique illégalité du lieu. Elle lui tendît une autre image photographique, dans un état si lamentable qu’elle l’avait collée sur un morceau de carton afin qu’elle ne se délite plus. Sur la photo, un enfant, il se tenait debout, droit comme un poteau d’exécution, ses lèvres, minces,tentaient imperceptiblement d’esquisser un sourire, ses grands yeux noir regardait devant lui avec une intensité telle qu’ Emile cru qu’il le regardait, il devait avoir huit ans, cintré dans un uniforme scolaire. Il s’appelle Friedrich, il a maintenant 16 ans, nous l’appellerons désormais Frédéric, lui dit-elle brisant subitement le silence. Le nous l’interpella ; bien qu’ils se fréquentaient depuis des années, jamais ce pronom n’avait été employé, par aucun d’entre eux. Emile voulu lui prendre la main mais se ravisa instinctivement. Du bout des lèvres il lui demanda qui était l’enfant.
« - Cet enfant, désormais le notre, ou de notre responsabilité, s’enrôla pour le front après avoir menti sur son age afin de suivre son père et les préceptes de celui-ci qui était officier dans l’armée boche. Silence. Il est encore jeune mais son histoire est déjà longue. Je l’ai pour ainsi dire ramassé à ---------, mort de faim et d’épuisement lorsque que je servais au front comme infirmière… » Elle voulu finir sa phrase, mais sa voix se troubla, étouffant un sanglot. Il savait que son engagement datait des premiers jours du conflit, ils ne s’étaient pas revu depuis trois ans, seule un correspondance éparse et coupée du fait de la censure qui envahit chaque pays en guerre maintenait le contact. Des missives où par habitude s’expliquait que tout allait pour le mieux, voire même que la nourriture était bonne, sans intérêt, juste pour ne pas perdre espoir, juste pour dire « je ne suis pas encore mort ».
Les trois coups résonnèrent du comptoirs, la pièce allait débuter, le gros patron, rouge jusqu’au haut de son crâne chauve abaissa les lumière des petits bec de gaz. Un petit groupe se dirigea vers une porte camouflée. D’un signe de tête Marthe enjoignit Emile de les suivre. L’histoire de Friedrich attendrait.
La porte donnait sur un escalier en pierre voûté, ils pénétrèrent ensuite dans une salle a peine plus grande que le bistrot du dessus où une vingtaine de chaises ainsi q’une estrade étaient installées, cinq hommes, en train de s’assoire discutaient a voix basse comme pour ne pas déranger le calme de la cave.
La pièce s’emplissait peu à peu des gens du dessus accompagnés de quelques autres qu’Émile n’avait pas remarqués ou bien arrivés justes pour l’occasion, peu importe. Un frémissement sonore fit tressaillir l’assemblée lorsque qu’une gueule cassée débarqua, s’installa sur l’estrade face au public. Emile se sentit rajeunir de quelques années, il se revoyait assis sur des banc usés, en blouse grise ou noire selon les endroits, ses brodequins lourds de boue et des impensables aventures de la cour de récréation, face à un tableau noir avec un peu plus à gauche une carte de France gribouillée à l’est, mise à jour de fortune, pour ne pas oublié la défaite de 1870, surtout pour aiguiser la rancœur « le boche », préparatif à la tuerie. Le professeur de ce soir était borgne, ne se déplaçait que difficilement.
L’estropié pris la parole, comme dans un murmure, sa langue semblait collée à sa mâchoire inférieure : « vous chavez pourquoi nous chommes touche la… » Émile l’ignorait, mais ne dit mot. Il avait vu les horreurs de la boucherie, des gaillards se chiant dessus avant l’assaut, des hommes bâtit comme les héros de l’Odyssée pleurant et appelant leur mère en se tenant les tripes en attendant l’arrivée de la faucheuse, des corps vaporisés par les obus, des être anciennement humains marchant sur leur moignons, mais dans le civil mais, dans le monde des vivant la vue de l’épave lui donnait la nausée.
« Il chachit d’arrêter les mensonges sur le massacre qui se déroule depuis bientôt trois ans, Anastasie sort ses ciseaux dans les chournaux d’un côté du front comme de l’autre voyez les colonnes laissées blanches dans le nouveau journal que certains connaichent peu être le canard enchaîné qui depuis 1915 tente de défié nos bourreau, les nouvelles de la révolution Russie sont tronquées, nous ne pouvons… » . Émile les yeux presque exorbité, la nuit l’enlaçait, la boue mélangée aux restes de ses compagnons l’ensevelissait peu à peu, ses oreilles bourdonnaient. Gisant dans une posture ridicule, le derrière en l’air comme dans l’attente d’une dernière onction un gamin d’en face venait de rendre ses entrailles à la terre, Émile en était l’auteur, comme d’innombrables autres œuvres. Il avait regardé le soleil descendre sur les paysages, en même temps que la fin du môme qui même trépassé semblait lui demander « pour quoi ? »
Pour quoi lui aussi avait-il participé au carnage ? Pour quoi pleuvait il ? Pour quoi la lumière de la lune vacillait-elle comme celle d’un e lampe à gaz ? Pour quoi avait-il suivi Marthe dans cette cave humide ? Pour quoi l’homme délabré parlait comme un instituteur, pour quoi, pour quoi… il eut l’impression de se réveiller d’une stase. La salle se vidait peu à peu, Marthe le saisi par le bras « cet homme est extraordinaire, quel courage ! Que dirais-tu d’aller voir se qui se passe sur le front russe… » Émile ne l’entendit plus, il suivait cette silhouette fluette comme un veau que l’on emmène à l’abattoir, l’échine courbée, les poings enfoncés dans les poches de sa veste.
Lettre à Monsieur N. Sarkozy de NagyBocsa
Monsieur le président de la république française,
Vous avez été récemment élu président en vertu du suffrage universel direct, choix de mes concitoyens qui n’engagent qu’eux même et pour le quel je n’ai pas à polémiquer. Je pourrai développer sur l’accaparement et la mainmise que vous aviez par copinage avec la plupart des médias privé (ainsi on ne rappellera pas que vos amis messieurs Lagardère, Bouygues, Arnault et Dassault détiennent plus de 80% des titres de presses et télévisuels); que vous avez été élus par vos collègues candidat officiel de l’UMP avec un score massif (85,1 % des adhérent ump votant, sic), ajouté à cela que vous étiez le seul à vous présenter, les autres candidats à ce poste étant évincé ou encore huée (on repensera à Madame Alliot Marie) ce qui fait de vous il est vrai le plus parfait des démocrates. Mais c’est vrai politiquement, vous êtes plus proche des républicains, peu importe la démocratie. Donc un républicain, représentant de la chose publique.
Mais vous le savez et vous l’avez appelé de vos vœux stigmatisant ainsi la plupart de ceux qui s’exprimaient différemment de votre vision de la gouvernance, vous êtes un républicain convaincu. Vous l’avez rappelé plus d’une fois dans vos discours louangeant la république française, la république des idées et taxant facilement vos opposant d’anti républicain. Et bien je me présenterai comme tel. De votre vision moralisante de la république j’espère que vous accepterez que je m’en démarque. En effet, plutôt que de me réfugiez dans des théories tant platonicienne que bodinienne, je préfère m’attacher aux vertus étymologiques des objets théoriques, pour moi plus parlante et laissant à chacun la flexibilité de sens que tout un chacun peut s’en faire. Ainsi, vous le savez la république c’est la res publica, la chose publique. La plupart des théoriciens en ont vu un modèle de gouvernance, dans votre cas le terme régence ne devrait pas vous choquer, bref une gouvernance dont la souveraineté est obtenue par le consentement citoyen, s’opposant ainsi au fonctionnement monarchique et l’élection de droit divin associé qui accorde à la destinée des vertus prescriptives et directives, pour ne pas aborder votre concept fallacieux de déterminisme génétique (on se croirait revenu à de sombres heures de notre histoire récente).
Aussi la chose publique peut être protéiforme mais elle s’accorde à légitimer un gouvernement ainsi que le chef de l’exécutif, l’exécutant, le bourreau pour aller vite. Le bourreau de ceux qui n’adhère pas à vos valeurs. D’ailleurs la cavalerie a déjà commencé son travail. Les arrestations suite à votre adoubement, la répression qui s’en est suivit ainsi que les peines disproportionnées. C’est bien la première fois que des personnes aux casiers judiciaires vierges prennent du ferme (jusqu’à 6 mois si je ne me trompe pas) pour avoir envoyé des canettes en aluminium (non pas en verre) sur des forces de l’ordre un tantinet provocatrices (on se souviendra du tabassage en règle de cet ingénieur) qui répondaient au gaz lacrymogène. Deux poids, deux mesure, l’aluminium est plus dangereux que les gaz lacrymogènes qui amenèrent certains à des arrêts de travail le lendemain. Mais il est vrai vous êtes donc avec vos collègues les plus parfait démocrates, ceux qui s’attache à la liberté d’expression de toutes les franges de la population, surtout celles qui ne sont pas d’accord avec vos idées. Et vous pouvez parlez d’extrémisme et de radicalisme, « c’est celui qui dit qui est » comme le dit cette adage enfantin. Bref, votre régence commence bien.
Mais il est vrai que l’on était prévenu, vous l’aviez dit vous êtes le tenant d’une droite décomplexée et navigant sur le terrain des idées. Cependant, si l’on s’en tient au fait que la majorité de la population s’informe par médias télévisuels, la normalité des idées n’a pas du être pour vous la plus dur à imposer. Vous savez Martin, un des invités de votre mariage, dirige par directoire interposée la plus grosse et grasse entreprise audiovisuelle européenne, et il est vrai que le journal le plus regardé de France est un exemple de neutralité et d’expertise journalistique, qu’aucune connivence n’est perceptible et mis à part l’image dynamique, celle de jogger est au final l’information la plus importante qui nous est parvenu (sans trop de mauvaise foi).
Bref Nico, vous êtes un leader. Leader d’opinion et roi de la démagogie, et vous avez beau véhiculer l’image d’un pragmatique, l’optique philosophique n’est pas votre fort. Et oui, les sciences humaines ne vous conviennent pas. Manque de débouché, élève turbulent et reclassé, mauvaises filières en somme qui ne satisfont pas aux exigences du Marché, cette mystification de l’intéressement. Mais il est vrai s’intéresser au social prend du temps, et la rapidité conjoncturelle de l’expression médiatique n’est structuralement pas viable pour l’enquête sociologique. Il est vrai que le scientisme dont vous faites preuve se trouve dans une relative mesure d’incapacité à se projeter en dehors de l’immédiateté biologique, celle régit par les sciences « dures ». Le déterminisme génétique que vous évoquiez dans cette entrevue avec le philosophe Michel Onfray n’est il pas au final le rejet massif d’un déterminisme social que vous haïssez tant, tellement vous vous y sentez intégré. N’avez-vous pas entamé une carrière d’avocat comme votre mère, reproduction oblige. Aussi, le besoin de se sentir bien-pensant, à construire l’idéal du soi dans un rapport biologique aux autres construit une satisfaction personnelle inversement proportionnée à l’accomplissement social. Tout est relatif mais reconnaissez la consanguinité profonde que procure l’agrégation des microcosmes sociaux de l’ouest parisien (je vous laisse le soin d’y inclure les villes et arrondissements que vous voudrez). Finalement la seule explication biologique qui conviendrait, bien qu’éminemment sociale, c’est que vous êtes fondamentalement névrosé. L’ouverture que vous prônez reflète parfaitement la fermeture d’esprit qui vous taraude et l’universalité prétendue de votre pensée ne concerne que votre monde, votre représentation de l’imaginaire collectif.
Alors revenons en à votre cheval de bataille, celui qui vous fait vibrer et que votre désir d’imposer révèle le pathologique qui vous habite. La morale et la norme sont deux termes que vous semblez assimilez l’un à l’autre ( et réciproquement) de manière incroyable. Pourtant ce sont deux termes éminemment différents et qui participent cependant de manière indissociable à la structuration de la personnalité. Par morale on entendra l’expression des valeurs et par norme l’arbitraire commun nécessaire à la vie collective, imposé de l’extérieur et partagé par tous comme une règle neutre (car nous l’avons dit arbitraire).
Simplement et je ne m’étendrai pas sur le sujet, l’ambivalence de votre propos résonne au final comme de la rhétorique économique appliqué au domaine politique mais n’en doutons point cela reste logique. En effet, aussi absurde et inadéquate que cela puisse paraître vous ne souffrez pas de confondre les genres abordant le tout et son contraire dans un élan d’empathie (on pensera aux vœux de la nouvelle année) et d’inconscience éthique (on pensera aux vente d’armes de cette fin d’année 2007). Alors votre volonté de « moraliser » le capitalisme financier on sait que l’on peut se la foutre au cul. La grandiloquence de votre verbe ne cache en rien l’inaction et l’absence de résultat de votre politique, mais continuez comme cela, a trop nier la réalité, Icare s’est également brûlé les ailes, se vautrant lamentablement. En effet de l’ « état de grâce », cher aux journalistes peu critique, à l’état de farce et de spectacle tel que vous nous le proposez il n’y a que peu de différence.
Préoccupé plus par le côté glamour de votre ego que par les véritables préoccupations sociales de vos concitoyens vous déambulé sur tous les terrains, délaissant à vos ministres le soin de pâtir des conséquences de votre action. Ils sont cependant volontaires, sans doute pour les raisons statutaires que l’on sait (train de vie et pérennité financière ultérieure), aussi je ne les défendrai pas. Mais reconnaissez là votre action.
La légitimité de la gratuité des arts de la rue est aujourd'hui remise en question car le principe de gratuité n'est pas accepté en lui-même dans notre société. Toute gratuité a son prix. Pourquoi est-il urgent de défendre cette gratuité dans les arts de la rue ?
La première partie de cette reflexion portera sur la naissance du débat sur la gratuité qui a son importance si l'on veut comprendre les enjeux de la question.
La seconde partie approfondira la notion de gratuité afin d'en dégager les effets sur l'économie du secteur.
Enfin, la troisième et dernière partie traitera plus spécialement des bienfaits des arts de la rue et de l'importance de la gratuité dans leur discours.
A- La naissance du débat sur la gratuité des spectacles d'art de rue
Il est tout d'abord primordial de savoir d'où viennent les arts de la rue, de connaître le message des précurseurs pour comprendre d'où s'est fondée leur gratuité. A partir de ces fondements, il sera plus facile de dégager les raisons qui ont poussé certains à remettre cette gratuité en question.
1- Sur quels fondements est née la gratuité des Arts de la rue ?
Les arts de la rue se situent dans la lignée des années soixante, lorsque le Land Art a commencé à interroger l'espace public. Très vite, les artistes se posent la question de la relation au public, au monde contemporain et à la société de consommation en particulier. Cette tendance correspond à une évolution politique de la Société. Il y a dans ces années-là une réelle audience pour des idées marxistes et des mouvements sociaux. C'est une période de rupture et de « révolution ». La Société change et l'Art en est, par essence, le premier indicateur.
Dès 1913, Duchamp s'est posé la question de l'Art. Qu'est ce qu'une oeuvre ? Avec ses « ready-made » Duchamp invente une nouvelle manière de définir le monde qui l'entoure. L'objet manufacturé, modifié ou non est promu au rang d'oeuvre d'art par le seul choix de l'artiste. En détournant des objets du quotidien, il pose un nouveau regard sur des choses auxquelles on a attribué une fonction bien déterminée. De ces nouveaux réalistes, héritiers de Duchamp, nait une réflexion sur le quotidien, le banal.
Fluxus dans les années soixante conçoit pour l'espace public des installations plastiques. Il fait de la rue son terrain pour se livrer à des performances. Il y a dans la démarche de Fluxus un discours profondément engagé. Il rejette violement les institutions mais aussi tout ce que ces institutions ont établi pour vérité, tout ce qu'elles ont pu sacraliser. Ainsi la notion d'oeuvre d'art est elle aussi rejettée. Fluxus donne des rendez-vous publics au cours desquels il bouleverse un peu les rapports à l'oeuvre constitués. Il questionne sur la relation à l'oeuvre d'art.
Ariane Mouchkine, metteur en scène française née en 1939, est la première à sortir ses pièces des murs du théâtre. Elle tente d'inventer à travers un répertoire tant contemporain que classique, un nouveau rapport avec le public en alliant ouverture et exigence. Ses pièces sont systématiquement porteuses d'un message fort pour la lutte contre les inégalités sociales.
Ces différents artistes ne sont pas les précurseurs de ce que l'on appelle aujourd'hui les « Arts de la rue » mais ils sont ceux qui vont en porter les formes actuelles.
L'amorce des Arts de la rue a lieu dans les années soixante-dix grâce à de jeunes militants issus de Mai 68 influencés par le mythe du « rockeur » rebelle. Ils fondent les premières compagnies telles que le Royal de Luxe, Générik Vapeur et Ilotopie dans les années soixante-dix et quatre-vingt. Jacques Livchine par exemple est l'un des pionniers. Il fonda en 1968 le Théâtre de l'Unité à Issy-Les-Moulineaux. Sa première mise en scène dans la rue sera la pièce « 2CV Théâtre » en 1977 qui fut jouée quatre cents fois en France, en Europe, en Corée et au Texas.
Ce sont des étudiants ou d'anciens étudiants des universités et des écoles d'art qui ont contribué à faire émerger ce phénomène d'extériorisation.
« L'espace urbain s'est « ouvert » : la rue, qui était un espace « pris », elle est devenue un espace « à prendre ». Nous avons pris concience que ce territoire nous offrait la possibilité de prendre la parole librement de manière collective et festive. Ainsi nous avons pu mêler performances musicales, théâtrales, plastiques, avec une pensée revendicative. Descendre dans la rue était une manière de revendiquer notre volonté de sortir des carcans traditionnels. » Michel Crespin[1]
Ces premières irruptions de l'Art dans la rue ont donc un caractère transgressif, sauvage et clandestin. Elles drainent un discours politique tant sur l'Art que sur la Société. Les thèmes sont variés mais le message reste la volonté de faire évoluer les moeurs et l'Art : l'égalité des sexes, la revalorisation des métiers manuels, la gratuité de l'Art, l'accessibilité de l'Art à tous...
« L'Art consiste justement à interroger ce qui se donne pour consensuel, à faire acte de vigilance, sans verser dans la caricature mais en rendant lisible ces questions sous-jacentes et en les partageant avec la populations. » Marc Etc[2]
Les Arts de la rue regroupent et désenclavent toutes les disciplines artistiques. Mais plutôt que le terme « pluridiciplinaire », ils préfèrent celui de « l'indiscipline ». Les artistes détournent le quotidien afin de se rapprocher de leur public et de s'assurer l'intelligibilité de leur discours. Ces premiers spectacles sont donc gratuits car ces irruptions spontanées étaient basées sur la surprise. Une dame descend acheter du pain, un vieil homme promène son chien et c'est la rencontre avec l'Art au coin de la rue qui s'immisce dans leur quotidien, qui vient à eux. Il faut voir dans ces formes artistiques une démarche militante qui n'a rien à voir avec la pièce de théâtre traditionnelle où l'on paie pour s'assoir dans un siège et voir. Cette démarche de payer pour choisir son spectacle n'existe pas dans les Arts de la rue. L'Art s'impose au moment où l'on s'y attend le moins. Néanmoins il reste le choix au spectateur « de fait » de rester ou de s'en aller, d'écouter ce que les artistes ont à lui dire ou de passer son chemin.
Lorsque certaines compagnies sont passées de la salle à la rue, l'idée première était la conquête d'un public nouveau. Par exemple, la compagnie l'Opéra Pagaille s'est retrouvée par défaut dans la rue et ils ont du adapter leurs spectacles à l'espace urbain. Ce fut une expérience réussie à tel point qu'aujourd'hui ils sont totalement intégrés dans cette pratique. Le théâtre de rue est devenu une profession qui demande un travail collectif où chacun a son mot à dire et où la rencontre entre artistes est porteuse de création. Le Théâtre sort de ses murs sacralisés et s'offre sans distinction à tous les passants. De ce simple fait, il en ressort déjà un premier questionnement à l'adresse de la population sur le rôle de l'Art.
Le message est fort : l'Art n'est pas une marchandise, l'Art appartient à l'Humanité. La gratuité est un outil de prise de conscience du bien commun, de ce qui échappe aux logiques strictement comptables, l'humain en lieu et place de la consommation. Pourquoi n'y aurait-il que l'élite qui aurait les moyens financiers et intellectuels de cette rencontre avec l'Art ? Pourquoi les artistes devraient-ils limiter leur discours à un groupe de personnes qui ce jour là ont eu le temps et l'envie de les écouter ? Les artistes de rue veulent se dégager de ces carcans et permettre à ceux qui n'ont jamais franchi les portes du Théâtre d'accéder à l'Art.
Ainsi sont nés les Arts de la rue, insolents et festifs. Fabriqués de bric et de broc, improvisés parfois avec le mobilier urbain, ces spectacles se revendiquaient au-delà de toute considération pécunière, même si parfois le chapeau tournait à la fin d'une représentation. Ce chapeau n'avait d'autre fonction que celle de subvenir aux besoins alimentaires des artistes. Mais il était aussi un moyen de donner le choix au spectateur de soutenir ou non leur démarche, de plébisciter ou non le spectacle.
Aujourd'hui, les spectacles de rue ont évolué, le militantisme n'est plus le même et la gratuité, toujours d'usage, est remise en cause. L'Art de rue en se développant n'a-t-il pas perdu ses spécificités qui fondaient la légitimité de sa gratuité ?
2- Quelles évolutions ont amené la remise en question de cette gratuité ?
Il n'existait dans les années soixante-dix qu'un tout petit nombre de compagnies et de spectacles qui tournaient en France, mais leur forme novatrice faisait déjà beaucoup de bruit. Au début des années quatre-vingt, se créent une petite dizaine de compagnies qui sont à l'origine de ce que sont les Arts de la rue aujourd'hui. Le Goliath[3] recense actuellement plus de mille artistes et compagnies qui se revendiquent « de rue ». Le développement exponentiel de ces artistes nous pousse à nous demander si descendre dans la rue n'est pas devenu un choix de « format », comme on pourrait choisir un format de toile.
Pourquoi un tel succès de l'espace public comme lieu d'expression artistique ? Qu'est ce qui a provoqué cet engouement ?
Le développement des Arts de la rue en France est avant tout le fait d'un fort engagement de la puissance publique, d'une politique volontariste. Les années quatre-vingt sont la valorisation du « tout-culturel ». Pour que la France crée des artistes, il est indispensable de mettre en place un milieu porteur en sensibilisant la jeunesse à l'Art sous toutes ses formes. Dans les années quatre-vingt-dix, il ressort des rapports Latarget ( 1992 ) et Poncet ( 1994 ), qu'il existe des disparités flagrantes dans l'aménagement culturel du territoire. En effet, la « démocratisation » de la Culture annoncée par Malraux à la fin des années cinquante n'a toujours pas pu trouver d'échos dans la pratique. Le CIAT ( Comité Interministériel pour l'Aménagement du Territoire ) met alors en place en 1995 des objectifs pour lutter contre ces disparités : l'égalité d'accès à la Culture, la proximité de la Culture sur tout le territoire français et la valorisation du patrimoine local.
La rue est potentiellement un lieu de rencontre, d'ouverture et donc de démocratisation. Les Arts de la rue représente donc un outil « clé en main » de démocratisation de l'accès à la Culture qui n'a pas échappé aux collectivités territoriales. Elles y voient une façon de ragaillardir les parades d'antan et de renouer le lien avec les « gens ». Cette pratique qui était au début transgressive se trouve aujourd'hui programmée principalement par les municipalités elles-même. Un grand nombre de festivals de rue voient le jour, montés pour la plupart par les villes.
Les compagnies ont besoin de subventionnements pour survivre, et ce en raison du durcissement constant de la réglementation et de la lourdeur croissante de l'administratif. En échange, les mairies y voient un moyen commode d'animer leur ville. Un spectacle de rue a la particularité de pouvoir rassembler la population d'une ville autour d'un événement festif et gratuit. Un spectacle de rue offre à la municipalité une action visible pour les administrés mais aussi l'occasion de rassembler l'auditoire pour passer son message : celui d'une mairie soucieuse d'apporter la culture à une population large et diversifiée et une mairie également attentive à la lutte contre l'exclusion. Ces événements rapprochent la ville de sa population.
Le ministère de la culture a donc naturellement commencé à soutenir le secteur des Arts de la rue dès les années quatre-vingt avec des actions en faveur de Lieux Publics, le premier centre national de création dans les arts de la rue, du festival d'Aurillac et, vers la fin de la décennie, en distinguant des compagnies comme Royal de Luxe et Générik Vapeur sur le plan national. Jacques Toubon lance en 1994 le premier plan d'intervention en faveur des Arts de la rue à Chalon dans la rue ( le festival de Chalon-sur-Saône ). Il s'agit en grande partie de la reconnaissance des compagnies, des festivals, des lieux de fabrication et de Lieux Publics, mais aussi de l'ouverture d'un centre de ressource national, HorsLesMurs, et de la création d'aides au projet et à l'écriture. Cinq ans après, le ministère donne à nouveau une impulsion en ouvrant davantage d'aides aux Arts de la rue. En 2002 et en 2003, de nouveaux crédits sont attribués afin de permettre l'élargissement du nombre de compagnies conventionnées et de fournir encore plus de moyens de production pour les lieux de fabrication. En 2004, le montant global des crédits du ministère de la culture pour les Arts de la rue s'établit à 6,5 millions d'euros.
Enfin, Renaud Donnedieu de Vabres lance en Février 2005 le Temps des Arts de la rue qui vise à inscrire de manière durable les actions qui seront mises en oeuvre. Le Temps des Arts de la rue doit permettre d'expérimenter de nouvelles relations entre les arts, les collectivités publiques, les services administratifs, les professions et les réseaux du spectacle vivant. C'est dans ce cadre que le ministère met en place dix nouvelles actions visant au développement, à l'institutionalisation et à la pérennisation des Arts de la rue.
Cet engagement politique pour ce secteur modifie le paysage des Arts de la rue en France et l'on observe un glissement de cette pratique.
Premièrement, les moyens utilisés par les compagnies sont de plus en plus importants, du fait en partie de la modernisation des techniques mais aussi de l'augmentation des subventions. On assiste à une sophistication des spectacles de rue qui utilisent du matériel pointu et des artifices. Les disciplines s'élargissent, apparaissent le multimédia, les spectacles « son et lumière » et des installations pyrotechniques monumentales. Les Arts de la rue ne s'éloigneraient-ils pas du détournement du quotidien, vecteur de leur discours ?
« Nous assistons souvent plus à des spectacles en plein air qu'à des détournements urbains comme autrefois. » Philippe Saunier-Borrell ( directeur artistique des Pronomades, scène conventionnée « art de la rue » en Haute-Garonne ).
Et deuxièmement, les festivals ont donc été les réels acteurs du développement des Arts de la rue mais ils n'offrent pas un champ d'expérience aussi étendu que la ville de tous les jours. Il existe beaucoup de mystification sociologique aujourd'hui à prétendre toucher tout le monde. Le festival fixe un rendez-vous au public qui doit faire la démarche de se déplacer tout spécialement. La conséquence en est que le public est de plus en plus averti et se rapproche de celui du théâtre, de la musique ou de la danse[4]. L'artiste de rue perdrait-il son engagement pour un Art qui appartiendrait à tous ?
Les précurseurs le remarquent aujourd'hui : l'engagement du discours artistique s'est atténué. Les Arts de la rue auraient-ils glissés dans l'animatoire ? L'instrumentalisation politique de l'Art de la rue a-t-elle eu pour effet de tuer l'essence même de cet Art ? Ont-il perdu leur « indiscipline » et leur rebellion contre le consensuel ?
A travers la remise en question de tout ce qui légitimait la gratuité de ces spectacles, on en vient à remettre en question l'économie toute entière du secteur. Si les gens sont conviés au spectacle, qu'ils font la démarche de se déplacer, qu'ils ont une idée de ce qu'ils vont voir et qu'il vont consommer une animation comme tant d'autre, pourquoi ce spectacle serait-il gratuit ?
B- Pourquoi la gratuité des Arts de la rue est-elle dérangeante ?
En France, la gratuité pose déjà problème par la simple connotation du terme qui est plutôt négative lorsqu'il qualifie le libre accès à une oeuvre d'art. Et puis la gratuité est avant tout considérée comme anormale dans une société où même l'Art est marchand. La gratuité existe-t-elle vraiment ? N'est-elle pas plutôt supportée par la Société ?
1- Quels sont les rapports actuels entre l'oeuvre et sa valeur ?
En France le terme « gratuit » est porteur d'une forte connotation morale. On dit volontiers d'une acte gratuit qu'il est sans motif, désintéressé, telle est en effet la signification de la racine latine du mot. L'adjectif gratus, d'où a dérivé gratiutus, signifiait « accueilli avec faveur, agréable, bienvenu, aimable » ou encore « reconnaissant ». Cette origine ethymologique s'est aussi perpétuée dans le mot « gré » : de gré à gré, de plein gré.
Aujourd'hui, il y a dans le terme « gratuit » l'idée d'un produit bon marché : un stylo de mauvaise qualité gagné dans un paquet de céréales, des soldes dans un magasin discount « deux tee-shirts achetés, le troisième offert »... et il en va de même dans le monde du spectacle. Le capitalisme a créé se qu'on appelle « la gratuité d'appel ». La gratuité ne serait-elle pas instrumentalisée par les collectivités locales au profit d'un dessein social ?
Dans les festivals, on retrouve souvent une programmation officielle qui fait l'objet d'une billetterie à l'entrée et une programmation « off » accessible gratuitement. Les têtes d'affiche, les artistes et compagnies hissées dans le star system sont mises en avant sur tous les supports de communication et font bien sûr partie de la programmation officielle du festival. Puis il y a les « off », qui ne sont souvent annoncés sur les plaquettes que par la mention « et de nombreuses surprises ! ». Ces compagnies et artistes, la plupart du temps débutants, sont considérés par l'organisation et donc par le public comme un plus, une animation pour les gens qui n'ont pas les moyens de se payer un billet d'entrée ou un moyen ludique d'attendre que les rejoignent des amis avant de rentrer dans le vif du festival, derrière la billeterie. D'ailleurs les statistiques des scènes nationales refusent de comptabiliser ces vrai-faux spectateurs. Ce public ne faisant pas la démarche repérable de payer sa place pour assister à un spectacle, n'est pas vraiment un public.
Dans notre société actuelle où la marchandisation de toute chose, y compris de l'art, est omniprésente, l'opinion un peu trop facilement répendue est que n'a de valeur uniquement ce qui a un prix. Ce qui est cher est beau donc ce qui est gratuit est sans valeur -Pourtant dans la traduction anglaise du mot « gratuit » : « free », plus neutre, plus descriptive, il ressort davantage la notion de libre accès- Il existe un marché de l'art qui brasse chaque année énormément d'argent. La spéculation fleurie beaucoup sur les oeuvres plastiques contemporaines ou non. Ce qui fonde sur ce marché la valeur d'une oeuvre sont sa rareté, la renommée de son auteur et aussi parfois la contribution de celle-ci dans l'évolution de l'Art. La richesse des matériaux, en orfèvrerie par exemple, concourt à en augmenter le prix. Ainsi une oeuvre d'art est-elle souvent synonyme de luxe. Le résultat en est que les Arts de la rue, qui comme toute discipline engendrent le meilleur comme le pire, sont toujours considérés comme un art mineur malgré la reconnaissance institutionnelle qui se met progressivement en place.
Dans un secteur qui se revendique artistique, la gratuité ne nuirait-elle pas à l'image de la discipline ?
Mais il y a aussi un phénomène qui ne cesse de croître : la marchandisation de ce qui est aujourd'hui considéré comme de l'art et qui s'apparente davantage à du marketing. Car tout a un prix, certains produits de l'art se comportent très bien sous la forme de marchandises parce que l'on sait les inscrire dans le mécanisme du marketing : déterminer la cible, identifier ses besoins, voire les créer et les satisfaire. Enfin, d'autres se lancent dans des explorations hasardeuses sans se soucier du retour sur investissement. Même s'il est vrai que cette pratique rassemble la plus grande partie des artistes en France, il ne s'agit là que de la partie non visible de l'iceberg, la partie émergée étant celle qui maitrise les flux du marché. Malheureusement, c'est cette partie émergée qui légitime l'économie de l'art dans une conception toujours plus capitalistique du monde.
Cette domination croissante du marché sur l'Art, de l'accès marchant à l'Art, de la représentation marchande de la confection et de la consommation des oeuvres, ne tue pas l'art mais le conforme.
A ceci s'ajoute pour les artistes une pudeur, qui resiste au temps, à parler d'argent. Il existe un complexe bien réel chez les artistes à exiger le paiement qui leur est dû du temps qu'ils ont passé à concevoir une oeuvre et de la prestation qu'ils en donnent. Car ils en retirent du plaisir, de l'accomplissement alors que notre Société récompense le « travail », mot étroitement lié à la notion de souffrance. Pour l'artiste, ce que lui apporte son « travail » est sans prix, la gratuité est consubstantielle à l'acte artistique.
Tous ces phénomènes amènent certains artistes à des actes de militantisme par lesquels ils revendiquent la gratuité de l'oeuvre comme un moyen de s'extraire de ce processus de marchandisation de l'Art et de dépréciation de ce qui est gratuit. Comme le rappelle le philosophe Jean-Louis Sagot-Duvauroux, la gratuité est bien souvent une conquête sociale : « Est gratuit ce que les citoyens décident de rendre gratuit. ». Aujourd'hui, cet esprit militant a trouvé refuge et audience sur Internet : logiciels libres, libre echange des données et du téléchargement d'oeuvres ( peer to peer )... ce qui ne va pas sans problèmes, notamment au regard de la propriété intellectuelle et des droits d'auteur.
La question revient alors, lancinante : qui finance la gratuité ?
2- Qui finance la gratuité ?
L'essor des Arts de la rue a été accompagné par l'argent public. Le coût de leur gratuité qui du temps des pionniers pesait sur les seuls artistes, a été mutualisé, endossé par la société toute entière. Cette arrivée d'argent au sein des compagnies s'est traduite par une hausse de la qualité artistique des spectacles qui a elle-même entrainé un processus d'augmentation constante du coût de ces spectacles. Même si l'engagement public dans la production d'un bien gratuit est un choix politique, la pertinence économique du secteur n'en est pas moins remise en question.
Ainsi, la gratuité est pour le moment le maître mot en matière de manifestation ayant trait à l'Art de rue. Les festivals, accueillis la plupart du temps par des villes qui ouvrent leurs rues, sont donc gratuits pour le public. Alors que la billeterie représente en moyenne 66 % des recettes propres d'une manifestation artistique autre que « de rue », comment un festival « d'Art de rue » rentre-t-il dans ses frais s'il ne génère pas de recettes ? Pourtant certains spectacles de rue sont extrêmement coûteux en matière de rémunération et d'accueil de la main d'oeuvre et de transport de matériel. Cet argent provient donc des subventions allouées aux associations organisatrices ou du budget animation de la municipalité. Ces sommes considérables qui sont engagées à la réalisation de tels événement sont par conséquent issues des cotisations ( impôts locaux, sur le revenu, taxes... ) versées par le contribuable qui confie, en échange, le pouvoir aux élus de décider de l'intérêt général. Même si de nos jours, le soutien de l'Etat à la création est accepté comme relevant de l'intérêt général, il n'en reste pas moins que l'économie vacillante du spectacle est remise en question par les défenseurs du capitalisme libéral, qui assoient leur position de jour en jour par le seul fait d'être les détenteurs du capital.
Les économistes américains William Baumol et William Bowel ont analysé les conditions d'existence des activités du spectacle dans une économie de marché. De cette analyse, ils ont mis en évidence la réalité d'une économie à deux vitesses qui se partagerait en deux secteurs : un secteur progressif et un secteur non-progressif dit archaïque. Le secteur progressif se caractérise par un fort gain en productivité permettant une hausse régulière des salaires des travailleurs. Le secteur archaïque, lui, est très demandeur en main d'oeuvre et sa productivité reste stagnante, provoquant fatalement un maintien du taux de salaire. Dans un pays où le fonctionnement du marché du travail tend à réduire les inégalités salariales, le secteur archaïque est obligé d'aligner ses rémunérations à ceux du secteur progressif. Ainsi, les compagnies d'Art de rue voient leur marge bénéficiaire se rapprocher de leur seuil de rentabilité. Dans ces circonstances, plusieurs solutions sont envisageables : augmenter les prix de vente des spectacles, diminuer la qualité artistique de leurs productions, précariser leurs intervenants, diversifier leurs débouchés ou faire appel au subventionnement.
Augmenter le prix de vente des spectacles, c'est prendre le risque de réduire en retour la demande des collectivités qui n'auront plus les moyens de commander autant de spectacles pour une même manifestation. Alors que rares sont les compagnies qui peuvent assurer des revenus réguliers à leur membres, une précarisation plus importante ne constituerait en aucun cas une solution sur le long terme. Seules 12 % des personnes travaillant d'une manière continue dans les équipes arrivent à toucher une rémunération supérieure ou égale au SMIC. De plus, les obligations en terme de droit du travail sont de plus en plus lourdes à assumer dans un milieu où les pratiques économiques sont, d'usage, plutôt informelles.
La règle générale pour endiguer le déficit qui se creuse consiste donc pour les compagnies en la demande de toujours plus de subventionnements. La loi Baumol-Bowel qualifie ce phénomène de « fatalité des coûts croissants ».
Il est nécessaire d'observer par ailleurs que la sophistication des spectacles de rue participe aussi à la fragilisation de cette économie. Comme il a été souligné plus haut, les compagnies, de plus en plus nombreuses, sont en perpétuelle recherche artistique autour de l'espace urbain et de la société de consommation. L'enjeu est aussi pour elles de trouver le moyen de se démarquer les unes par rapport aux autres en inventant leur propre language artistique et leurs codes. D'une pratique qui est née de la récupération et du détournement des objets du quotidien, certaines compagnies tendent à s'aventurer sur le terrain des nouvelles technologies. Cette tendance est le propre des Arts de la rue qui ont pour rôle de questionner leurs concitoyens sur le monde qui les entourent. Les années soixante et soixante-dix étaient marquées par la mécanique, les années deux-mille sont celles de la technologie, de l'électronique, du numérique. S'équiper en matériel son, lumière et artifice est très onéreux et les collectivités locales participent à ces investissements par le biais de subventions à l'équipement.
Lors de leurs tournées, les compagnies sont confrontées à des organisations de plus en plus structurées qui leur imposent de se structurer à leur tour. Autrefois caractérisées par leur débrouillardise, les compagnies d'Art de rue investissent pour du personnel permanent chargé de la gestion, pour du matériel informatique, des logiciels, du matériel bureautique, des consommables...
Alors que les coûts imposés aux compagnies ne cessent de croître, leur productivité ne bouge pas d'un pouce. La création artistique sera toujours autant nécessiteuse de temps. Ce « temps » est indispensable pour permettre à un concept de mûrir. L'écriture d'une oeuvre sera toujours le fruit de l'esprit de l'homme et les répétitions d'un spectacle mobiliseront toujours autant de personnes et d'heures ; à moins bien sûr d'amputer sur la qualité artistique des productions, détruisant à petit feu la pertinence de l'existence déjà bien contreversée de ce secteur.
Il est vrai que l'Art de rue ne répond pas moins à cette fatalité des coûts croissants que n'importe quelle autre discipline du spectacle vivant, seulement la gratuité de son accès rend d'autant plus visible aux yeux du contribuable la fragilité de son économie. La gratuité des Arts de la rue porte à débat car elle voyante, le spectacle ayant lieu sous les fenêtres de la population. L'économie du théâtre en salle fait naturellement moins de vagues puisqu'elle se cache entre ses murs, se laissant oublier par ceux qui ne consomme pas la Culture.
Dans le domaine du spectacle vivant, le financement public représente une proportion écrasante des ressources. Mais on s'accomode de billeteries qui prennent la forme de l'achat marchand dans des lieux qui proposent des tarifs souvent rédhibitoires pour les spectateurs à revenus modestes. D'un côté la gratuité est lourdement critiquée et de l'autre le paiement du billet est souvent discriminatoire. Est-il possible de sortir de ce shéma ?
Jean-Louis Sagot-Duvauroux[5] propose de créer les « mutuelles de public » sur un concept totalement novateur qui ferait vivre le caractère actif et collectif des publics. Ce système donnerait sa forme à la contribution financière des spectateurs, non pas à travers l'achat d'un bien de consommation mais par le biais d'une contribution à l'aventure artistique : côtisation plutôt que billetterie. Il s'agirait de fonder des collectifs de spectateurs qui contribueraient à un projet artistique qu'ils désirent soutenir à hauteur de leurs moyens. N'y a-t-il pas là une façon dynamique et réaliste de pérenniser le principe de gratuité dans une activité qui aura toujours un coût ? Ne serait-ce pas le moyen de revenir, mais de manière plus organisée et budgétée, à l'idée du chapeau qui tourne à la fin d'une représentation ? Enfin, serait-ce une manière intelligente de redonner au contribuable le choix dans l'attribution de ses fonds en fonction de la satisfaction qu'il compte en retirer ?
En 2005, le montant global des crédits du ministère de la Culture pour les Arts de la rue s'établit à 8 millions d'euros. La part des crédits d'intervention attribués au théâtre est évaluée à 43 % du budget alloué au spectacle vivant soit 315 millions d'euros[6]. Les Arts de la rue ne représentent qu'environ 2 % des montants attribués au théâtre. Une étude réalisée en 1997 sur les pratiques culturelles des français révèle que sur cent personnes, vingt-neuf ont assisté au moins une fois à un spectacle d'Art de rue dans l'année contre seulement seize qui sont allées au théâtre.
Au regard de ces chiffres, nous pouvons modérer l'ampleur du débat que provoque la gratuité des Arts de la rue. N'y aurait-il pas une certaine exagération de la part des détracteurs qui diabolisent les effets de cette gratuité sur l'utilisation de l'argent public ? La contribution des Arts de la rue dans notre Société n'irait-elle pas au-delà de l'estimation d'un prix d'entrée ? Les Arts de la rue ne seraient-ils pas au contraire le laboratoire d'une nouvelle conception du rapport entre l'art et l'argent, porteuse de valeurs et de changements sociaux ?
C- Pourquoi la gratuité des Arts de la rue est-elle essentielle ?
Dans un premier temps, il est nécessaire de réhabiliter les arts de la rue, qui du fait de leur gratuité, ont ouvert la brèche aux critiques concernant leur économie archaïque qui ne serait qu'un gouffre pour l'argent côtisé par nos concitoyens. Grâce à un militantisme actif, ces artistes ont su de manière étonnante créer leur propre économie en marge des schémas habituels du monde l'Art.
Quant à savoir si la gratuité des arts de la rue a conservé sa légitimité malgré l'évolution de la discipline, il est important de noter que les artistes de rue ont préservé leur pertinence et leur raison d'être dans notre société et que la gratuité en est en partie la cause.
1- En quoi l'économie des arts de la rue peut-elle représenter un exemple dans le domaine du spectacle vivant ?
Il est en effet important de relativiser le volume des dépenses publiques engendrées par la volonté des artistes de rue à conserver la gratuité de l'accès à leurs spectacles.
Même si la fatalité des coûts croissants s'abat sans distinction sur les Arts de la rue, ce secteur constitue tout de même l'une des rares disciplines du spectacle vivant à avoir une économie dont le moteur est la vente de spectacles ou autres prestations sur des marchés tant commerciaux qu'institutionnels. En effet les recettes propres des compagnies d'art de rue représentent en moyenne 80 % de leurs ressources, dont 68 % sont assurées par la vente des spectacles. Encore faut-il préciser que pour la moitié des compagnies, les recettes propres forment la totalité du budget. Les subventions publiques ne représentent donc que 17 % en moyenne de leur budget annuel et les coproductions, 3 %.
Les compagnies d'art de rue ont su ouvrir leurs prestations à d'autres types de marchés que celui des festivals qui ne représente que 13 % du nombre total de leurs ventes : l'international ( 12 % ), les fêtes urbaines occasionnelles ( 19 % ), les théâtres divers ( 5 % ), les structures socioculturelles ( 11 % ), les organismes privés ( 30 % ) et autres diverses structures ( bistrots, écoles... à 10 % )[7]. Il est donc important de souligner que près de 52 % de leurs ressources propres sont issues de fonds privés ou étrangers et non de l'argent public.
Ces constats traduisent la capacité des arts de la rue à évoluer dans une économie de marché. Grâce à la débrouillardise, les artistes de rue développent une économie d'une extrême flexibilité en minimisant les coûts fixes qui ne représentent en moyenne qu'un quart des dépenses de la compagnie.
Ce faible pourcentage est rendu possible par le recours à une économie informelle. Dans un premier temps, la gestion de l'emploi est marquée par la précarité. Les artistes dans leur vision d'un acte artistique gratuit sont capables en retour de donner de leur personne gratuitement. La solidarité entre artistes de rue représente une ressource non négligeable des compagnies. Ainsi 42 % des compagnies accueillent d'autres compagnies dans leurs locaux. Ce réseau de solidarité favorise le partage et les échanges sans mobiliser de fonds monétaires. De plus, il n'est pas rare non plus que les artistes transitent d'une compagnie à l'autre pour donner des « coups de main » à la construction de décors, au chargement d'un camion ou au remplacement d'un comédien malade par exemple. Des économies sont aussi faites grâce au faible coût d'entretien des infrastructures en général « squatées » et réaménagées avec les moyens du bord. La plupart des matériaux utilisés pour les décors sont recyclés et ne coûtent rien à l'acquisition. Grâce à ces réseaux de ressource informels, certaines compagnies se permettent de baisser leurs tarifs de vente d'un spectacle pour soutenir certains organisateurs dont ils partagent la démarche.
La gratuité de leurs spectacles est donc en partie le symbole offert au public des valeurs qu'ils défendent. Dans un monde de plus en plus individualiste où chaque minute de travail est comptée et évaluée, les artistes de rue essaient, en « invitant » le public à venir voir leurs spectacles, de rappeler leurs concitoyens à leur condition d'hommes sociaux et non à celle de détenteurs de la force de travail.
Le milieu des arts de la rue ne correspond donc pas à l'image que certains nourrissent d'artistes vivant sur les deniers publics et attendant qu'on leur amène sur un plateau des contrats au nom de l'aide à la création. Les arts de la rue méritent l'engouement récent du ministère de la culture à travers ce fameux Temps des arts de la rue car ce secteur a su démontrer sa bonne foi en développant sa propre économie sans attendre l'intervention de l'Etat.
Cette intervention se justifie largement par le fait que les précurseurs des arts de la rue, qui restent actuellement les moteurs de l'institutionalisation de la discipline, commencent à juste titre, à s'épuiser du fait de la précarité inchangée de leur situation. L'Etat, en débloquant des fonds pour l'aide à l'emploi dans le secteur, espère pérenniser le phénomène des Arts de la rue pour que ceux-ci ne soient pas un simple « effet de mode ».
Le milieu des arts de la rue est donc porteur d'un message positif d'ouverture qu'il applique à son quotidien, quite à empiéter sur le confort et vivre dans la précarité. Ces artistes sont avant tout des militants qui ont choisi l'Art comme moyen intelligent d'expression.